Géométrie sociale

 

Vendredi 10 novembre 2006

Table ronde de 14h à 16h à la Maison de la culture Frontenac
2550, rue Ontario Est, métro Frontenac

Vernissage à 17h avec performance de Philippe Côté
 au 2701, rue Ontario Est, coin Bercy

 

L'Urbaine Urbanité IV

Galerie FMR organise une table ronde sur le rôle des artistes dans le développement urbain. Cette rencontre se tiendra le 10 novembre, de 14h à 16h, à la Maison de la culture Frontenac.

Cette table ronde est organisée dans le cadre de la quatrième édition de l’événement d’art public L’Urbaine Urbanité, Géométrie sociale, une réflexion sur le développement urbain à Montréal. Parallèlement, des installations temporaires occupent les abords de la station de métro Frontenac ainsi que les vitrines d’un commerce situé à l’angle des rues Ontario et Bercy. Le vernissage est à 17h au 2701, rue Ontario Est, coin Bercy.

Le panel est composé des artistes, Philippe Côté, Jean-François Desmarais et Gilles Bissonnet, d’une représentante des résidants des Tours Frontenac, Marie-Héléne Gauthier, d’un architecte, Christian Thiffault et d’un représentant des locataires de l’usine Groover, Louis Georges Vanier qui débattront des enjeux du réaménagement du pôle Frontenac dans l’arrondissement de Ville-Marie. Cette table ronde sera animée par Jean-Pierre Boyer, professeur à l’École des médias de l’UQAM.

Table ronde sur la ville et l’art

«…l’Art ne commence pas au musée des Beaux-Arts mais dans l’aménagement des trottoirs. Mieux arrimer la culture à l’aménagement urbain, voilà un beau défi.»
Annick Germain
Du quartier au centre : logiques d’espaces, dynamiques d’acteurs et développement culturel

Quelle place occupent les artistes dans le développement local ? Quels sont les moyens à leur disposition ?

Quelle est la contribution actuelle des artistes intervenant dans leur milieu urbain ? La participation des artistes au développement urbain est-elle reconnue ?
Les ateliers d’artistes dans les arrondissements urbains sont-ils protégés et valorisés ?

Quels seraient les apports et les effets de l’art public sur le développement de la rue Ontario et son impact sur les résidants ?

Comment peut-on assurer la présence de la culture et la participation directe des artistes et des résidants dans les projets de développement urbain.

Ces interventions d’artistes font écho à l’étude commandée par l’arrondissement Ville-Marie sur la requalification et l’aménagement des espaces vacants du pôle Frontenac. Les artistes participants sont Gilles Bissonnet, Pierre Crépô, André Fournelle, Jean-Christian Guindon et Florent Veilleux.

Deux documents alimentent cette table ronde : un texte d’Annick Germain professeure-chercheure titulaire à l’INRS - Urbanisation, Culture et Société intitulé Du quartier au centre : logiques d’espaces, dynamiques d’acteurs et développement culturel et une étude sur la requalification, le potentiel de développement et l’aménagement des espaces vacants aux abords de la station de métro Frontenac. Cette étude a été commandée par l’Arrondissement de Ville-Marie à la firme Christian Thiffault architecte et au Groupe Gauthier, Biancamano, Bolduc – urbanistes – conseils.

* Cet événement révèle l’importance des enjeux pour les résidants du Faubourg Sainte-Marie, d’autant que ceux-ci sont déjà aux prises avec de graves problèmes urbains. En plus de la pollution atmosphérique, les services de proximité sont inadéquats et les espaces verts sont trop rares. C’est précisément sur l’aspect environnemental et culturel que Galerie FMR compte poursuivre ce travail durant les trois prochaines années afin que l’on prenne conscience collectivement des lieux que l’on habite et des espaces culturels communs à aménager.

Cette recherche sur l’idée de Géométrie sociale met en évidence la difficile conciliation des utilisations industrielles et résidentielles de la ville. Cet atelier de création et cette table ronde permettront aux artistes de proposer de nouvelles façons de concevoir la ville et les milieux de vie par une implication directe et concrète. En fait, les artistes réclament le droit d’intervenir dans les prises de décision au niveau de l’aménagement urbain. Ils ne veulent pas être des décorateurs de l’espace public, mais plutôt des créateurs dans le processus démocratique de décision et d’aménagement des milieux de vie.

 

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Ils parlent de nous

 

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Quelles frontières de Sainte-Marie glissent vers le fleuve ?

Performance de Philippe Côté

Vendredi 10 novembre 2006


À l'intérieur - 18H - au 2701, rue Ontario Est, coin Bercy.

Carré maudit

Pour la performance intérieure « verbo-cartographique », l’illustration est celle du « carré maudit ». Celle-ci vise à décrire les flux de circulation qui traversent l’Est du centre-ville de la région de Montréal.


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Du quartier au centre : logiques d’espaces, dynamiques d’acteurs et développement culturel

Annick Germain professeure-chercheure titulaire INRS-Urbanisation, Culture et Société

Texte préparé pour la Journée d’étude organisée par Voies culturelles des faubourgs, le 31 janvier 2003.

Lire le communiqué de l'événement

 

Pour inaugurer cette journée d’échanges, j’aimerais vous proposer quelques réflexions générales tournant autour de l’utilisation de l’espace urbain pour stimuler le développement culturel.
Les villes sont par nature des creusets de culture, mais leurs tissus urbains peuvent être tout autant des ennemis que des complices du développement culturel sur leur territoire. C’est que les espaces urbains ont leurs logiques qui ne correspondent pas nécessairement à celles des acteurs qui les utilisent. Non pas qu’il existerait un déterminisme spatial tout puissant. Bien au contraire, et je ne suis pas sociologue pour rien. Mais les espaces urbains sont des constructions sociales, investies de significations qui sont le résultat des pratiques sociales, qu’on les appelle les modes de vie, les modes de peuplement, les modes de production. Ce sont ces pratiques qui en fin de compte peuvent se retrouver en congruence ou en dissonance avec ce qu’on veut y faire pour y développer des activités culturelles.

Voies culturelles des faubourgs a choisi d’intituler cette journée d’étude " un faubourg en devenir ". Ce titre est un peu ambigu car il pourrait laisser penser que le territoire dont il est question n’est pas encore un faubourg, ce que n’ont certainement pas voulu signifier les organisateurs. En fait Voies culturelles est un organisme qui s’est jusqu’à présent beaucoup identifié à son quartier, le Centre Sud. Il a d’ailleurs monté des visites guidées à l’occasion des Journées de la culture, visites qui ont eu un certain succès.

Mais Centre Sud n’est pas seulement un quartier, c’est aussi un morceau de centre-ville. Et c’est aussi, et ce n’est pas le moindre paradoxe, un territoire qui comprend un village !

Faubourgs, quartier, centre-ville, village, ces termes ne sont pas innocents. Ils ont certes une signification que vous connaissez bien. Ce que je voudrais discuter un instant avec vous, c’est de leur utilité respective à l’intérieur d’une stratégie, celle d’un regroupement d’organismes au service du développement culturel.

Ces termes désignent en effet à la fois un type de territoire, au sens physico-spatial du terme, mais aussi des logiques d’action. Les deux aspects ne se recouvrent pas nécessairement, ne coïncident pas tout à fait. Ainsi on peut se comporter dans un quartier comme si on était au centre-ville, comme on peut évoluer au centre-ville comme si on était dans son quartier. Selon ce qu’on veut faire, on peut mobiliser l’un ou l’autre. Ou les deux à la fois. On peut les regarder comme des contraintes ou comme des atouts. On peut se servir de l’espace urbain, mettre en valeur ses caractéristiques pour le rendre attirant comme on peut choisir de l’ignorer, de littéralement sauter par-dessus.

 

Un exemple : le théâtre Le Public, à Bruxelles

Dans ma ville natale, Bruxelles, dans laquelle je retourne à l’occasion, on m’a emmenée au théâtre voir une (excellente) pièce dans un endroit qui a beaucoup de succès. Le théâtre s’appelle Le Public, ce qui commence déjà plutôt bien, et il se situe au centre-ville dans un quartier que les Bruxellois qualifient de " impossible " (sous-entendu, pauvre, peuplé en quasi-totalité d’immigrés — ce qui à Bruxelles est dépourvu de toute signification exotique – et sans facilités pour un public cultivé, c-à-d sans espaces de stationnement ; quant au transport en commun, il n’a pas la qualité de celui qu’on connaît ici, et d’ailleurs on vous dira qu’il ne fait pas bon se promener tard dans les rues de ce quartier). Ce théâtre a été aménagé dans un ancien entrepôt, se veut d’avant-garde et a démarré sans subventions, en se contentant d’avoir de idées. Par exemple, pour surmonter la contrainte énorme que représente sa localisation, il a, le premier, offert un service de taxi à prix modique et universel (on vient vous chercher à domicile, on vous y reconduit) et la possibilité de dîner (fort bien) sur place. Ce théâtre fait parler de lui et je me demande quand même si finalement sa localisation n’est pas devenue un facteur de succès car cela fait partie de l’aventure…

Cet exemple me semble une bonne entrée en matière.

L’espace public qui environne tout équipement collectif peut être au départ une contrainte ou un atout. Mais cet exemple montre que même dans une situation contraignante, on peut " faire avec ". Il suffit d’avoir une bonne connaissance des caractéristiques du lieu, à la fois les caractéristiques factuelles (ex la pénurie d’espaces de stationnement), et subjectives, c-à-d les images que le public a de ce lieu : la perception qu’on se fait des alentours, qu’elle corresponde ou non à la réalité est, en cette matière, au moins aussi importante que la réalité.

Ces caractéristiques sont à la fois physico-spatiales (rues sales, étroites) et sociales (l’ambiance, l’animation, ainsi que le type de personnes qui fréquente le lieu).

C’est ici qu’il convient de distinguer quartier et fragment de centre-ville.

Sur le plan spatial, le quartier est un territoire bien délimité, de dimension modeste, il ne faut d’ailleurs pas qu’il soit trop grand pour garder une ambiance de quartier alors que le centre est à la limite plus un carrefour où se croisent un ensemble de réseaux qu’un vrai territoire encore qu’il corresponde quand même à une aire donnée. La notion de faubourgs, elle, désigne la périphérie, ou ce qui n’est pas le centre.

Sur le plan social, le quartier est d’abord l’espace de l’entre soi, du familier et du quotidien. Il doit évoquer la stabilité et la sécurité. Il ressemble à cet égard au village (d’ailleurs on dit souvent un quartier-village) sauf qu’un quartier est toujours un morceau de ville alors que le village est une entité en soi. Le centre au contraire, est un lieu où se croisent des inconnus, où prévaut une certaine liberté parce que personne précisément ne se connaît, un lieu de marginalité aussi, et cela va avec.

Quel est l’intérêt de ces considérations sociologiques me direz-vous ?

C’est que la vie sociale que l’on s’attend à voir dans un quartier n’a pas l’air de correspondre exactement à la dynamique propre au développement d’un milieu culturel effervescent, ce qui est votre objectif. Le développement culturel passe par d’autres qualités. Plutôt que l’espace de l’entre soi, ce serait plutôt la découverte de l’autre, plutôt que le familier c’est l’aventure, plutôt que le quotidien c’est ce qui nous en sort, ce qui bouge plutôt que ce qui est stable. Bref, toutes caractéristiques qui évoqueraient plutôt le centre-ville, ce lieu ou plutôt cet ensemble de lieux ouverts à tous, où se côtoient des inconnus, de lieux de tous les échanges (politiques, économiques, symboliques et culturels). La culture en est aujourd’hui à la fois un produit et une condition. Si on a cru un moment que les banlieues allaient aspirer toute l’énergie des centres-villes, et que ce faisant elles prenaient soin de jouer aussi la carte de la culture (on se rappelle de l’orchestre symphonique de Laval), les années récentes ont plutôt vu le réinvestissement des centres, et ce , de façon spectaculaire aux Etats-Unis. Les velléités de décentralisation des équipements culturels métropolitains ont fait long feu à plusieurs endroits.

Alors il ne me semble pas totalement superflu de se demander si l’image de quartier est encore intéressante à des fins de promotion culturelle, si elle peut véhiculer l’idée que c’est là où ça se passe. Si ce n’est pas le cas, il faudrait désenclaver votre territoire de référence, mieux l’accrocher à celui du centre-ville, aller chercher votre public dans l’ensemble de l’agglomération.

Les choses ont-elles changé depuis les fusions municipales de 2002 ? Par exemple, dans l’ancien Montréal, tout le monde connaissait Centre Sud. Mais qu’en est-il des anciennes banlieues ? Faut-il faire la tournée des arrondissements ? Offrir des échanges (ou des trocs) de services, par exemple, en matière d’information culturelle ou de promotion d’événements spéciaux ? Peut-on penser à des jumelages d’arrondissements ? Et les banlieues à l’extérieur de l’île ? N’y a-t-il rien à faire pour aller les chercher, les laissera-t-on se replier sur leurs territoires renforcés ? Jouer le jeu des arrondissements n’est-ce pas démissionner par rapport à l’idée d’un centre métropolitain qu’incarnait tant bien que mal l’ancienne ville de Montréal ?

Si tous peuvent constater que Montréal a plusieurs centres, qu’elle est une agglomération polynucléique, n’y en a-t-il pas un qui soit plus " central " que les autres (et je ne parle pas de géographie) ? Ne faut-il pas alors l’affirmer plutôt que de le ravaler au statut d’arrondissement comme un autre ? Pourquoi à cet égard ne pas rebaptiser l’arrondissement Ville-Marie, arrondissement centre-ville ? Et si oui, votre territoire n’a-t-il pas un rôle à jouer dans cette stratégie ?

Mais il y a quand même aussi des avantages à jouer la carte du quartier. D’abord, en principe, le quartier évoque la sécurité, à l’inverse du centre-ville.

A priori le quartier a une image plus positive que le centre à cet égard car du fait que des gens y demeurent en permanence, les espaces publics y seront plus sécuritaires, comment l’avaient montré il y a longtemps Jane Jacobs et Oscar Newman. C’est un peu le raisonnement fait à propos de la stratégie de revitalisation du Vieux Montréal. Plus il y aura de résidents, plus il apparaîtra rassurant. Or la question de la sécurité devient l’obsession de nos sociétés, à tort ou à raison (plutôt à tort dans le cas de Montréal, d’ailleurs). L’aspect quartier a ce quelque chose de rassurant que n’a pas un centre-ville.

Le Mile-End est un quartier intéressant à cet égard : c’est de toute évidence un vrai quartier mais avec certains traits de centre-ville, et ce, en partie grâce à son cosmopolitisme. Plusieurs commerces affichent : ici on parle 9 langues. Sous-entendu, tout le monde est bienvenu, y compris les étrangers. Ce n’est pas seulement un espace de l’entre-soi , c’est aussi un territoire qui accueille l’Autre.

Centre Sud n’a pas cette ouverture. Les communautés culturelles y sont moins nombreuses, moins affichées et n’y sont d’ailleurs pas toujours bienvenues (plusieurs services ne leur sont pas accessibles car on n’y accepte pas les gens qui ne parlent pas français, c’est même le cas de haltes-garderies…).

Alors il faut travailler autrement l’hospitalité du quartier, pour que le public que vous voulez attirer dans vos activités s’y sente le bienvenu.

Comment jouer votre appartenance au centre tout en affirmant votre spécificité, et quelle est au juste votre spécificité, voilà une belle problématique pour réfléchir à la question de la signalisation.

Il y a un autre avantage à être un territoire distinct de quartier. Cela permet d’ancrer une vertu capitale de nos jours : la concertation. Il faut en effet avoir un territoire commun pour pouvoir se coordonner, élaborer des stratégies communes. Les tables de concertation de quartier illustrent bien la force du territoire, même si beaucoup d’organismes qui y siègent ont en fait des territoires d’intervention beaucoup plus vastes que le quartier.

Mais le principe de ces tables de concertation (qu’elles soient sectorielles ou multisectorielles) a parfois des effets pervers : c’est comme un siphon qui absorbe les énergies et les éloigne de ce qui fait pourtant le fondement de l’existence de ces organismes : l’usager, ou mieux, dans votre cas, le public. Les organismes communautaires ont de moins en moins de temps pour aller sur le terrain, à la rencontre des usagers, pour aller les chercher, les mobiliser. Car leur agenda est rempli par les réunions, le lobbying et les formulaires (je caricature à peine). Voilà pourquoi j’aime le nom de ce théâtre dont je vous parlais au début, le Public. Ses responsables se sont mis à la place des spectateurs et se sont demandé comment ils pouvaient leur simplifier la vie, mieux les accueillir, comment ils pouvaient aller les chercher. C’est ce que j’appelle du marketing intelligent qui va bien au-delà du narcissisme habituel des campagnes de promotion (voyez comme je suis beau, voyez ce que j’ai à vous offrir, venez me voir).

Je reviens donc à la notion d’hospitalité et au rôle de l’espace public à cet égard.

En théorie, l’espace public est un espace public accessible à tous (ce qui ne veut pas dire qu’on peut y faire n’importe quoi), ou mieux, qui n’est appropriable par personne à son propre profit. C’est un espace de sociabilité publique lorsqu’on y éprouve le plaisir d’être en société, mais c’est une sociabilité librement choisie, c’est-à-dire non imposée. Le meilleur exemple : se trouver dans un parc, regarder le monde passer, sans être obligé de parler à celui qui se trouve sur le même banc public que vous. Mais il faut aussi que le banc soit confortable, bien orienté (pour voir passer le monde et non vous mettre nez à nez avec un autre usager comme à la Place Berri), que le design du parc soit agréable (à regarder, à circuler).

Je l’ai dit au début, ou bien l’espace est une contrainte, ou bien il est un atout. Dans ce dernier cas, il faut soigner son aménagement, son confort, son esthétique. L’environnement de chacun des équipements collectifs de votre réseau culturel doit être hospitalier. Dans le concept des parcours culturels qui sont sensés stimuler le déplacement des usagers pour découvrir tous les points d’intérêts dans un territoire, on oublie souvent la notion de séjour. La ville, disait le grand ingénieur barcelonais du siècle dernier, Cerda, est parcours et séjour. Il y a bien sûr les séjours longs de l’ordre du résidentiel, mais il y aussi tous ces séjours brefs qui font qu’un arrêt peut être agréable : sur un banc public, dans un café, sur une place, etc.

Il faut rappeler encore et encore ce que montrent la plupart des études sur les facteurs de réussite des villes : loin d’en diminuer l’importance, le développement des télécommunications et des espaces virtuels a rendu plus incontournables que jamais les relations personnelles en face à face et la convivialité des environnements dans lesquels ces rencontres se déroulent. Si Montréal est passée maître dans l’art d’offrir aux usagers des espaces privés conviviaux (cafés, restaurants, etc.) le domaine public reste le parent pauvre. L’embellissement des espaces urbains n’est pourtant pas une idée démodée, bien au contraire. Or les ballades dans Montréal sont souvent décourageantes à ce chapitre. Si on réussit de temps en temps à bâtir beau ou à rénover de façon intéressante, le traitement de l’espace public semble être un art méconnu. Si les Français ont tendance ces dernières années à pêcher par surabondance de mobiliers urbains, on doit quand même leur envier le souci du domaine public en général dans les centres-villes. Et ils ne sont pas les seuls à avoir compris que l’Art ne commence pas au musée des Beaux-Arts mais dans l’aménagement des trottoirs.

Et la signalisation en matière de parcours culturels peut y contribuer si on n’oublie pas qu’elle doit apporter elle aussi sa contribution à l’embellissement des espaces publics. Nos administrations municipales ont encore du chemin à faire en la matière : je n’oublie pas les innombrables tracasseries subies par l’équipe de la rénovation du Marché Bonsecours que j’ai présidé un moment pour arriver à convaincre les autorités compétentes de la nécessité de bannières pour signaler la présence d’activités culturelles dans le bâtiment ou des injonctions hygiénistes archaïques lorsqu’on a voulu installer un marché d’alimentation sur le trottoir de la rue de la Commune.

Mais la signalisation ne doit pas s’arrêter à mettre en évidence sur place ce sur quoi on veut attirer l’attention, elle doit tabler sur les effets d’agglomération, jouer la carte du collectif, faire partie d’un ensemble, jouer sur la solidarité d’effets et surtout être un témoignage du message que l’on veut véhiculer, donc être un acte de culture ! Le choix est vaste : culture historique, culture artistique, etc.

En terminant je voudrais attirer votre attention sur une autre dimension de la vie de quartier. Centre Sud est bien un quartier, avec des habitants qui parfois fonctionnent avec des logiques qu’ils estiment peu compatibles avec les vôtres. Attirer le plus de publics possible, c’est bien. Mais protéger la qualité de vie d’un quartier aux fonctions résidentielles importantes, c’est bien aussi, surtout si on en tire des avantages du point de vue sécurité. Or on l’a vu la sécurité est importante mais ici c’est un point sensible. C’est la rencontre parfois difficile entre ceux qui demeurent ici et ceux qui ne font qu’y passer car c’est une excroissance du centre.

La question du traitement de l’espace public peut à nouveau jouer un rôle important, pour qu’il n’y ait pas trop de mélange des genres. Il faut en effet respecter la double vocation du territoire, mi-quartier, mi-morceau de centre-ville, ce qui n’est pas une tâche facile. Elle l’est encore moins que dans le Vieux Montréal où il y a peu de familles avec enfants, où les ménages sont particulièrement fortunés et mobiles. Par contre les équipements culturels et récréatifs du Vieux-Montréal sont des équipements lourds et le public est infiniment plus nombreux.

Mais surtout, cette vocation résidentielle ne peut être ignorée dans une stratégie de développement culturel. On peut par exemple penser coopter les habitants en en faisant des clients privilégiés de vos activités, moyennant certains traitements de faveur (horaires particuliers, tarifs spéciaux, etc.). Il faut en effet qu’ils y trouvent leur compte, et surtout, qu’ils ne soient pas exclus des activités planifiées. Mais il ne faut pas trop rêver en couleurs : la fonction résidentielle est un handicap pour bien des activités culturelles. Alors il faut une instance de médiation, que l’on convoque pour régler de façon pragmatique les petits inconvénients de la vie quotidienne, et à coup d’échanges de services. Cette instance devrait être permanente mais autonome, composée d’usagers et de " culturels ".

En conclusion, si les Voies culturelles sont bien des VOIES et non seulement des VOIX, elles doivent investir l’espace urbain. Mieux arrimer la culture à l’aménagement urbain, voilà un beau défi.

Annick Germain
31 janvier 2003

 

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